30/04/2010

Pour une nationalité à points

 


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La France s'est trouvée un nouvel ennemi public numéro un. Ce n'est pas un terroriste, ce n'est pas un meurtrier, ce n'est pas un violeur. C'est quelqu'un qui menace les fondements mêmes de l'identité française : il fraude aux allocations familiales…

Deux ministres se mobilisent largement pour suivre le cas de ce charmant monsieur, boucher de son état, personnage de la petite communauté musulmane très très très pratiquante de son coin de province française, ayant plusieurs femmes à la maison qui sont voilées, qui touchent des allocations familiales de parent isolé et que accessoirement, il battrait selon les dernières rumeurs.

Ho le joli cas ! Que doivent faire les autorités face à cela ? Deux choses semblent assez évidentes : poursuivre les fraudes éventuelles aux allocations familiales, en infligeant les amendes qui vont avec, examiner si il se livre effectivement à des violences sur les femmes qui partagent sa vie et le condamner si tel est le cas, et proposer à ces femmes diverses aides pour leur permettre de prendre leur autonomie par rapport à lui.

Allons un peu plus loin. Je n'éprouve pas un amour immodéré pour les curés, et je note qu'il n'est souvent pas besoin de beaucoup les pousser pour qu'ils commencent à entrer dans une démarche de type sectaire. En l'occurrence, notre très aimé boucher hallal est clairement l'un des personnages importants d'un petit monde plus ou moins intégriste et je serais extrêmement surpris que l'on n'y rencontre pas toute la palette des pressions sociales et morales extrêmement fortes qui emprisonnent les personnes dans une secte avec leur propre consentement. Dans ce cas précis, il faudrait donc mettre en branle la panoplie des mesures antisectes contre le boucher et ses quelques amis. Contrôle fiscal, recherche d'escroquerie, d'abus de faiblesse, recherche de violence envers les femmes et les enfants, de pédophilie éventuelle (toujours possible avec les gourous et les curés), mise en place d'un travail social avec les femmes voilées. Ajoutons pour faire bonne mesure la surveillance des flux financiers et des liens éventuels avec des réseaux terroristes.

Est-ce là la saine réaction de nos ministres ? Pas du tout ! Brice Hortefeux à une idée bien à lui de ce que la situation exige : il faut retirer sa nationalité française à notre petit commerçant.

Voilà qui est un peu curieux. Le retrait de nationalité, en gros, c’est pour les français de fraîche date qui sont condamnés à cinq ans fermes ou bien pour ceux qui se livrent à de la haute trahison, pardon ! La fraude aux allocs ne rentre pas vraiment dans le tableau.

Mais Brice Hortefeux y tient. Il passe sa semaine à communiquer sur le sujet. Il est rejoint par des conseillers de l’Elysée, Xavier Bertrand et Frédéric Lefebvre. Eric Besson, ministre perpétuel de l'Identité Nationale, rejoint l’équipe avant de recevoir une note de son cabinet sur les limites légales du retrait de nationalité. Pa possib’ ? Pa ni pwoblèm ! Yaka « adapter » la loi.

Il ne s'agit pas ici de divagations de ministres pris sur le vif et obligés de répondre à une question sur un fait divers, mais bien d'un choix de discours de leur part. C’est Brice Hortefeux qui met le sujet politique sur la table, Eric Besson qui propose de modifier la loi, et tous les grands chefs à plume qui prennent sur leur temps médiatique pour appuyer sur ce dossier au lieu de parler, par exemple du chômage qui est politiquement moins important. On notera que la garde des sceaux, a priori intéressée par une modification de la loi sur la nationalité française, a choisi pour sa part de ne pas s'exprimer.

Et donc, quel est le message politique de fond que cherchent absolument diffuser nos ministres ? Qu'il faut lutter contre les sectes ? Contre l'islam radical ? Que les délinquants doivent être punis ? Pas du tout ! La nationalité n’a rien à voir avec ça ! Très simplement, que ces gens-là ne sont pas de chez nous, pas très « corps traditionnel français » et que donc il faut les virer. L’électorat FN se détournant d’eux, ils semblent bien décider à doubler la Le Pen family sur la droite pour le récupérer.

Le juriste que je suis s'inquiète pourtant de l'applicabilité de cette nouvelle loi : comment déterminer que quelqu'un est « pas de chez nous », face à l’immense diversité des cas individuels ? On ne va pas faire une loi uniquement pour ce gugusse, il faut bien que ça resserve ! Or pris séparément, les éléments ne sont pas suffisants pour donner des lignes directrices claires aux administrations chargées d’applique la nouvelle loi : frauder les allocations familiales ne vous rejette pas particulièrement du corps traditionnel français, à moins bien sûr d’être noir ou arabe (ce dernier critère est très important). Battre votre femme n'est pas très discriminant non plus. En avoir plusieurs à disposition est en fait relativement partagé avec les vrais Français. Il y a bien la burka, mais ça ne représente que quelques dizaines de personnes au mieux et ne permettrait donc pas, chiffres à l’appui, de présenter un bilan ministériel ronflant de reconduite à la frontière. Une autre solution est de laisser les juges décider. La caractérisation d’un état « pas de chez nous », dans le sens « mais alors vraiment pas de chez nous », conduirait à un retrait de la nationalité. A charge pour eux de se démerder, grâce à la technique merveilleuse du faisceau d'indices.

Cette méthode présente pourtant un inconvénient grave : elle ne pousse pas tous ces Auvergnats à s'intégrer convenablement. Je propose donc un permis de nationalité à points, qui permette de dégager tous ceux qui n'ont rien à faire en France mais qui récompense les comportements conformes à l'esprit national.

- conduire en burka fait perdre des points, alors que rouler bourrer en fait gagner (mais peut être néfaste à votre permis de conduire)

- manger des trucs qui ont subi un traitement religieux bizarre fait perdre des points (ça vaut aussi pour les juifs, hein), mais manger des cochonnailles en fait gagner

- siffler la marseillaise dans un stade vous fait perdre des points, se torcher le cul avec le drapeau en fait gagner parce qu'il n'y a vraiment que des Français pour faire ça

- tout cramer dans votre quartier de banlieue fait perdre des points, se déplacer avec son tracteur pour démonter la préfecture en fait gagner.

- envoyer ses enfants dans une école religieuse fait perdre des points, les envoyer à l'école publique en fait gagner. Ou l'inverse, selon les quartiers.

- avoir plusieurs femmes dans son appartement fait perdre des points, les avoir dans des appartements différents en fait gagner

- et bien entendu, frauder les allocations familiales fait perdre des points alors que frauder le fisc en fait gagner (on vous supplie même de ne pas abandonner votre nationalité française au profit de la nationalité helvétique)

Ce système présente un avantage majeur, c'est que la perte des points ne nécessite pas de recours au juge, car elle peut être une simple mesure administrative décidée par le préfet à partir des constatations de la police. Naturellement, il y aura toujours des fâcheux de mauvaise foi conseillés par des droitsdelhommistes germanopratins coupés du réel pour contester devant les tribunaux, mais globalement ça rend le retrait de la nationalité beaucoup plus simple et efficace. La police fait son travail, elle constate jour après jour les comportements et quand il n'y a plus de points sur le permis de nationalité, hop ! Charter !


10/03/2010

Avez-vous vraiment lu le programme des Verts ?

 

 

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Cécile Duflot et ses colistiers

 

Je sais pour qui je vais voter (vazy Jean-Paul !), mais ce n’est pas une raison pour ne pas avoir de curiosité. Voulant voir la déclinaison concrète des sains principes duflotiens comme quoi il faut « tout changer », je me suis rendu sur le site des Verts et j’ai téléchargé leur programme quand ils l’ont annoncé. Ben j’ai pas été déçu. J’y suis retourné récemment, et là grosse surprise, ce n’est plus du tout le même texte ! Entre temps, les agences de com sont passé par là et ont sévèrement raboté tout ce qui dépasse du consensus gentillet (les oiseaux font pioupiou). Au passage, la nouvelle version du programme pèse moitié moins que la vraie garantie d’origine.

Je m’insurge ! C’est refuser de se battre pour ce à quoi on croit, que de présenter des textes amputés au grand public. Non à l’uniformisation fadasse des programmes politiques ! Dans notre lutte pour la diversité, il faut préserver les niches de pensée originale. Lisons donc du véritable texte bio, sans agents retexturants de saveur. Visite guidée :


Révolution, camarade écologiste !

 

Très vite, on voit à quel point les Verts sont le repère de plein d’anciens PSU. Comme quoi mon dernier billet sur le sujet était inexact, il existe encore des révolutionnaires en France. Toute la mythologie de la Révolution a été convoquée et ses mécanismes idéologiques repris tels quels, avec une simple couche de peinture couleur nature par dessus.

Le premier préalable de toute bonne Révolution est qu’elle est inéluctable, parce que le système va à sa perte de toute manière. Dans une optique très millénariste, la fin du monde est proche et même déjà réalisée dans le texte: « nous savons comment nous en sommes arrivé là: notre mode de production et de consommation a épuisé nos ressources, humaines, naturelles, et accru les émissions de gaz à effet de serre. Cette économie s'est érigée au prix de la destruction de notre écosystème et de la mise en danger de notre santé »

En toute logique et à l’échelle de la catastrophe attendue, l’objectif général ne peut être que très ambitieux : transformation, réinventer notre monde. Le modèle actuel est déjà qualifié de « monde d’hier, le monde ancien, celui du chômage, du CO2 et des déchets » par rapport bien entendu à l’avenir radieux de l’écologisme.

Dans la plus pure tradition révolutionnaire, la question sociale n’est en fait envisagée que dans le cadre du mécanisme de transformation de la société. Le texte note bien que les inégalités écologiques sont des inégalités sociales. Mais le seul mécanisme prévu pour les traiter est l’action générale sur l’écologie : on va supprimer la pollution, et ça profitera d’abord aux pauvres parce que c’est eux les plus pollués. C’est le Système qu’il faut changer, et le sort des pauvres s’en trouvera immédiatement amélioré.

La région puissance publique est l’instrument de cette révolution engagée par les masses (électorales) : elle doit être investie par les masses (« mobilisation générale… appel aux citoyens… force vives des territoires… la gestion citoyenne principe même de l’action publique »). Elle est donc considérée comme le simple canal de l’auto-organisation des masses dans leur propre transformation, ce qui réalise le dépérissement de l’Etat. L’Etat en tant que tel est d’ailleurs déprécié. Bref, du grand classique et parfaitement orthodoxe en termes marxistes.

D’un point de vue économique, le programme des Verts propose de « faire émerger une nouvelle économie… fondée sur l’utilité sociale, la démocratie dans le travail et le respect de l’environnement, la justice sociale ». Autrement dit une économie pas fondée sur le profit ni le marché, donc non capitaliste. La révolution socialiste, pas moins.

La Révolution, mais comment la réaliser ? Recours privilégié aux services publics et à l’économie sociale et solidaire pour à peu près tous les questions. Pour les quelques entreprises privées plus classiques, pas de problème, on introduit le « principe de responsabilité sociale et environnementale des entreprises afin de permettre à la collectivité (entrepreneurs, salariés mais aussi citoyens, élus locaux, consommateurs et usagers) d’orienter les choix faits par l’entreprise ». Des soviets dans les boites privées, y’a plus qu’à faire !

De même, la recherche doit intégrer « la participation citoyenne que ce soit dans les processus d’innovation ouverte ou dans les grands choix stratégiques. » Et tant qu’à faire, elle doit être ouverte à tous : « Les technologies numériques les plus récentes mettent l’innovation et l’expérimentation à la portée de tous. La science et la créativité ne doivent plus être cantonnées aux laboratoires et aux entreprises ». Le concours Lépine est intégré à la recherche via l‘exigence démocratique.

 

Ce qui est un peu navrant dans tout cela, c’est la déconnexion totale entre un objectif grandiose de transformation sociale et des propositions concrètes qui ressemblent à la décoration d’une chambre d’adolescente. Pour faire évoluer les entreprises, un projet de faire participer les consommateurs aux choix internes des boites est-il convainquant dans son irréalisme foncier, par rapport à la proposition socialiste d’introduire des clauses de haute qualité sociale et écologique dans les marchés publics ? Qui va en fait le plus loin, de ceux qui se perchent sur le plus haut sommet rocheux ou de ceux qui cherchent plus modestement à labourer le champ ?

 

Le terroir, lui, ne ment pas

 

Mais les Verts ne sont pas simplement d’affreux socialistes révolutionnaires qui auraient cherché un repackaging marketing de leur discours en se jetant sur un truc à la mode (les yaourts santé). Ils se sont également engagés dans le grand mouvement intellectuel de retour au terroir et aux identités locales, sur le modèle villageois d’antan.

Du coup, c’est la proximité à donf : l’économie doit être relocalisée, de manière à favoriser « les savoir-faire et les identités culturelles »

L’idéal de vie dans ce nouveau monde d’où aurait été radiée l’économie inhumaine : une vie tranquille, saine et décente, un rêve de bobo. Les propositions concrètes des verts sont en ligne avec cette vision : financer la réfection du chauffage et aider à l’achat du frigo, des manuels scolaires en papier recyclé pour les enfants.

Pour le logement, c’est la batterie des solutions classiques de la gauche gestionnaire, à quoi les Verts ajoutent des « initiatives citoyennes d’habitat coopératif groupé et écologique (habitat pensé et géré par les habitants, il permet à la fois le développement de la mixité sociale, la mixité inter-âges et le création de liens et de solidarités). » Avant on appelait ça simplement une communauté, mais ça devait être trop compréhensible.

Et la bouffe de même, il faut le faire sur place pour réduire la « dépendance alimentaire » de la Région. Et accessoirement la dépendance alimentaire des horsains qui se nourrissent de blé francilien ? Contre l’agriculture industrielle, revenir à « une cuisine plus conviviale, plus équilibrée et moins chère ». Dans une interview de début de campagne, Duflot avait parlé de la nécessité de revenir à une agriculture vivrière saine et de proximité. Pour mémoire, l’agriculture vivrière c’est quand on produit soi-même ce qu’on mange et qu’on a un petit boulot à côté. A venir : des jardins maraîchers coopératifs dans le 3ème arrondissement pour nourrir les habitants du cœur de Paris…

En ce qui concerne les transports, on relocalise toute l’économie comme ça pas besoin de se déplacer autrement qu’à vélo. Donc la Région va offrir un vélo à chaque adolescent, et pour prévenir le vol on mettra en place la « généralisation du gravage de vélos » comme ça on les retrouve. Dans les futurs villages urbains des Verts, le voleur aussi habite dans le quartier et les gentils voisins verront bien s’il y’a un problème. Du coup on suppose qu’il n y’aura plus non plus de vol de vélib’ si on les grave (pour les reconnaître par rapport à des vélos normaux).

En termes de santé, ça dépote. Les Verts ne font pas le choix de soutenir les structures médicales, mais de diminuer le stress et la pollution. Et de soutenir « l’éco-médecine ». Quoiqu’est-ce ? Internet étant une grande bibliothèque, on découvre qu’il s’agit de pratiques de soin qui considèrent l'homme comme une unité corps-esprit en lien avec son environnement et visent à restaurer son équilibre en ayant, avant tout, recours à des traitements naturels et souvent traditionnels. La politique de santé des Verts : l’information contre le SIDA, la tisane bio de mémé et le rebouteux !

Enfin, un petit village doit être bien tranquille. Mais la gendarmerie n’est pas une solution, elle est « une partie du problème car elle stigmatise et criminalise ». Ce qui garantit la sécurité, c’est le peuple en assemblée qui définit ses règles de vie « fondées sur des valeurs de coopération et tournant le dos à la vision marchande de la société. »

 

 

C’est bien dommage que les Verts aient en fin de campagne relifté leur projet pour en faire quelque chose de beaucoup plus socialo-compatible. Pris dans une spirale électoraliste, ils sacrifient l’ambition de faire partager leurs convictions à celle de grappiller quelques places en engrangeant plus de voix. Les Verts sont-ils à l’aube de la cascade des renoncements ?

 

 

09/03/2010

Moi, de toutes façons je vote pas

 

 

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J’aime pas les politiques qui piquent dans la caisse, alors je vote pas.


Je veux garder ma poste près de chez moi, alors je vote pas.


Ca me fait gerber que les riches se goinfrent de réductions d’impôts, alors je vote pas.


Je bosse dans une asso dont les subventions ont diminué, alors je vote pas.


Je suis pour les libertés publiques, alors je vote pas.


J’ai peur du chômage, alors je vote pas.


Ma belle-sœur chilienne n’a toujours pas ses papiers, alors je vote pas.


Ma mutuelle me coût un bras, alors je vote pas.


Je vois venir l’entubage sur les retraites, alors je vote pas.


Ben te plains pas après, alors !